Blog

Newsletter n°35 – février 2024

Qu’on le veuille ou non

la poesie

est une affaire sérieuse.

     Forger une lame de couteau à partir d’une barre de métal demande un engagement physique que j’avais sous-estimé, jusqu’à m’y mettre. Le marteau pèse un bon kilo, et il faut se dépêcher, c’est-à-dire battre le fer tant qu’il est chaud. Or il refroidit très vite. On le remet à chauffer, et on recommence. Tant que l’on travaille à la main, on ne peut pas faire semblant, ni s’économiser. Il faut y aller. C’est vrai pour la forge. Mais plus généralement pour toute opération de fabrication, qui demande un degré d’engagement en-dessous duquel, tout simplement, rien ne se passera.      En grec ancien, « création, fabrication »  se dit poïesis, mot qui a donné « poésie » en français : car on fabrique un poème comme on forge une pièce […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°34 – janvier 2024

Dans la forêt verdoyante, mon ermitage.

Seuls le trouvent 

Qui ont perdu leur chemin.

Yotsuya Ryu

     L’ambiance sur les marchés. Il y a le vendeur de saucissons catalans, les 3 pour 10€. « La dégustation est gratuite ! On peut tout goûter sauf le vendeur !… ». Il y a la petite dame qui vend ses objets en verre coloré, dauphins, tortues, chouettes, chacun peut trouver son animal fétiche. Il y règne un esprit de camaraderie immédiat entre les vendeurs : on se tutoie, on se file un coup de main, on se prête une rallonge… Et quand un marché se déroule sur deux jours, on se retrouve le lendemain comme des bons copains, on blague. Le soir venu, par contre, au moment de remballer et de charger sa marchandise, il arrive que tout le monde se précipite pour ramener sa camionnette et partir […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°33 – décembre 2023

Que j’ôte mon chapeau

Et se déploie la nuit bleue

Du ciel d’hiver. 

Yamaguchi Sodo

     Pour fabriquer un manche de couteau à la main, il faut bien sûr du bois, quelques outils comme une râpe, mais aussi, de la lumière et du mouvement. La lumière va vous indiquer chaque petit replat à arrondir, chaque manque de symétrie ou d’harmonie dans la forme. Le mouvement de la main, lui, donne au manche sa fluidité sans quoi il ne serait pas agréable au toucher. Je n’en finis pas de m’étonner, quand je donne peu à peu sa forme à un manche, de constater à quel point les yeux et les mains travaillent ensemble, de façon presque automatique, comme s’il n’y avait même pas de passage par le cerveau. Tout se fait en quelque sorte de soi-même, en effleurant, en fermant un œil, en reprenant… lumière […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°32 – novembre 2023

L’eau limpide

Ni dedans 

Ni dehors.

Ida Dakotsu

     Depuis bientôt deux mois, je fabrique ou restaure des couteaux à plein temps, avec beaucoup de plaisir. Je fais partie de ces gens (nous sommes un certain nombre !) qui aiment les beaux couteaux, un peu collectionneur mais surtout très attaché au bel objet. Quand je dis bel objet je n’entends pas forcément un couteau très complexe, avec beaucoup de fioritures, mais au contraire une simplicité qui coule de source.       Enfant, le couteau c’était le canif avec lequel tailler des flèches, sculpter des bâtons, et parfois, il faut bien le dire, s’entailler le bout du doigt…  puis ce fut le couteau suisse avec sa scie, très utile, et tous ces accessoires dont aujourd’hui encore j’ignore à quoi ils servent (si quelqu’un a fait l’armée suisse, je […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°31 – octobre 2023

Sous les feuilles qui tombent

Bientôt

Le chemin disparaît.

     Un soir, alors que je venais finir un travail dans l’atelier, j’entends gratter près du mur. Le bruit cesse, j’ai peut-être rêvé….Grat grat. Je vais voir de plus près. Le chien aussi commence à renifler et à remuer la queue, tout près d’un vieux tas de chiffon sous une étagère. Mais oui ça bouge… un hérisson ! C’est le deuxième à avoir élu domicile chez nous, le premier s’étant fait un nid bien douillet sous une vieille ruche vide dans le poulailler. Le troisième même, si je compte celui que j’avais trouvé près d’une pile de bois, malade, en pleine journée. J’avais dû l’emmener d’urgence au refuge pour qu’il se refasse une santé, ce qui lui avait bien pris quatre mois.      On dit souvent, à propos […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°30 – septembre 2023

Au bord de la

Rivière en moi

Aussi elle coule.

     Début juillet, un habitant de mon village natal qui s’occupe du jardin d’un voisin, déterre à sa demande une souche de genévrier. Intéressé par ce bois, je le récupère et lui offre une bouteille de cidre en remerciement, puis j’amène la souche chez un ami tourneur sur bois pour la couper. Celui-ci en conserve la majeure partie, en échange de quelques rondins dont j’avais besoin par ailleurs, et nous en mettons également un morceau de côté pour un autre ami avec qui nous échangeons régulièrement des morceaux de bois.      En fin de compte, tout le monde est content ! L’un qu’on ait arraché sa souche ; l’autre qu’on l’ait aidé à s’en débarrasser ; nous d’avoir gagné quelques beaux morceaux de bois rare et qui sentent […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°29 – août 2023

Dans ce monde d’illusion

Nous sommeillons et parlons de rêve.

Rêve, continue à rêver, autant qu’il te plaira.

Yotsuya Ryu

     Depuis que je travaille le bois, j’ai toujours détesté le ponçage – et je suis loin d’être le seul. Poncer dégage énormément de poussière… soit on le fait à la main et cela prend des heures ; soit on le fait à l’aide d’une grosse machine, très lourde et très bruyante, difficile à manier, qu’on appelle familièrement le « tank » (à juste titre). On commence avec un papier au grain grossier, puis de plus en plus fin. C’est fastidieux. D’un autre côté, je me suis toujours demandé pourquoi fallait-il poncer les objets, en dehors du simple fait d’éviter les échardes quand on les touche. C’est semble-t-il une attente esthétique de l’acheteur, que l’objet soit bien lisse et brillant : le ponçage donne l’impression de voir le bois tel qu’il […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°28 – juillet 2023

Dans le grondement du feu

La nuit s’enfonce

Crache une lune ébréchée.

Yamaguchi Seishi

C’est une cuillère en bois de cerisier. J’ai dû la sculpter il y a deux ans, voire trois… Vu qu’elle avait fendu, ou pour une autre raison dont je ne me souviens plus, je ne l’avais pas terminée, et l’avait plantée dans la terre dehors, dans ce que j’appelle « le cimetière des objets ratés ». Récemment, je suis retombé sur cette cuillère, par terre, et je me suis dit qu’elle n’était pas si ratée que ça, qu’on pouvait peut-être en faire quelque chose. Je l’ai donc reprise, elle était toute grisonnée par le temps et les intempéries. Après quelques coups de couteau, je vis que le bois était encore bon. Pourquoi l’avais-je abandonnée? Il y avait certes quelques fissures, mais visiblement, elle avait tenu le coup ! Je repris l’ébauche, puis […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°27 – juin 2023

Assis à ma place

Au milieu

D’une rivière.

     Quand on y pense, l’espèce humaine semble bien avoir la bougeotte. Dès le matin, tout le monde s’agite pour aller à l’école ou au travail, c’est un ballet bien réglé. Le soir, rebelote. Et le week-end, si possible, on part en week-end : on va voir des amis, la famille… en vacances, si possible, on part plus loin, plus vite. Et à quoi occupons-nous nos journées, après nous être déplacés ? A déplacer des objets, des dossiers, ou de l’information – travailler se résumant généralement à déplacer quelque chose. Ranger, nettoyer, parler, couper, tailler, envoyer.      A côté de ça, au bord de la route, dans les allées, dans les parcs, vous avez des arbres. On passe sans les regarder, ils font partie du décor. Ça fait […]
>>> Lire la suite de l’article

Newsletter n°26 – mai 2023

Longue nuit

Le singe rêve au moyen

D’attraper la lune.

Masaoka Shiki

     Qui est-on si l’on travaille le bois sans avoir fait d’école ou de formation spécifique? Ni menuisier, ni ébéniste. On est « autodidacte » dit la langue française, c’est-à-dire que l’on a appris tout seul. Étonnant comme mot, quand on songe que l’on n’apprend jamais quoi que ce soit « tout seul ». Pour apprendre un geste, on s’appuie sur d’autres gestes que l’on n’a pas appris « tout seul ». Et comment séparer, dans ce que l’on fait, ce qui vient de nous et ce qui vient d’autrui? On n’est jamais autodidacte. On parle avec les autres, on observe ce qui a été fait avant nous, on utilise des outils que l’on n’a pas inventés soi-même. On regarde des « tutos », on consulte des manuels, on parle avec le bois – et on essaye […]
>>> Lire la suite de l’article