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Newsletter n°39 – juin 2024

Petit à petit

La ronde

S’agrandit.

     Ramasser un bout de bois pour en faire une cuillère à l’aide d’un couteau, c’est un art du peu, comme ces petits objets de pacotille que fabriquent parfois devant vous   des vendeurs de rue : bonhommes en fil de fer, jouets en canettes d’aluminium… en ce qui me concerne, cette pauvreté du matériau et de la technique me va très bien, j’y trouve un cadre en même temps qu’un horizon. Vous prenez le bout de bois, et pas à pas, lui enlevez une petite quantité de matière : dans cette activité presque méditative, il vous apparaît bientôt de manière évidente que la finalité n’est plus l’objet à produire, mais l’activité elle-même. On sculpte pour sculpter, on taille pour tailler. Quand la cuillère est terminée, on la met […]
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Newsletter n°38 – mai 2024

Partout

Sous l’immensité

Du ciel.

     On a beau retourner l’univers dans tous les sens, me disais-je, en fait, on n’y comprend rien. Toutes nos théories, nos sciences, nos religions, nos arts, n’expriment après tout peut-être rien d’autre que cela : notre incompréhension du monde, dans lequel nous sommes pourtant tout entiers immergés mais qui continue à nous échapper, quoiqu’on fasse. Dès lors, quelle différence y a-t-il entre le silence et la parole? Entre un silence qui reçoit cette incompréhension, et une parole qui la dit?      J’aimerais, me disais-je, retranscrire dans les objets que je fabrique quelque chose de cela. L’immensité de ce qui nous dépasse, en même temps que la fragilité de tout ce qui s’y tient : le ciel comme le brin d’herbe, le nuage comme la goutte d’eau. Je […]
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Newsletter n°37 – avril 2024

Il n’y a rien

Dans le tiroir du bureau 

Que j’ai ouvert histoire de voir.

Nakatsuka Ippekiro

     Qui sait ce qui se cache derrière un masque ? Nous vivons dans une civilisation qui considère depuis bien longtemps que le masque est une forme d’illusion, et que derrière le masque se cache la réalité : il faut lever le masque pour  dévoiler la vérité. Mais qui sait si le masque ne montre pas, parfois, quelque chose de plus vrai que ce qu’il cache ? Et si, derrière le masque, il n’y avait rien?…      Avant de donner le mot « personnage », puis « personne », le mot latin persona désignait le masque de l’acteur au théâtre, qui servait à amplifier la voix sur scène (per-sonare : « résonner à travers ») et à représenter le caractère du personnage. Le masque n’est en lui-même personne, […]
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Newsletter n°36 – mars 2024

L’arracheur de navets

Montre le chemin

Avec un navet.

Kobayashi Issa

Quand on apprend un geste, il est d’abord difficile, hésitant, imprécis. On est tendu, on corrige,  on se rattrape aux branches comme on peut. Puis, à force de pratique et de répétitions, des automatismes se mettent en place, des sortes de réflexes qui font que, sans plus y réfléchir, nos mains font ce qu’il y à faire. On peut leur faire confiance. La maîtrise s’installe.  D’un autre côté, au bout d’un moment, on peut trouver ennuyeux de répéter sans cesse les mêmes gestes, et avoir envie d’en apprendre de nouveaux. Essayer autre chose. L’époque actuelle a d’ailleurs volontiers recours à l’expression « sortir de sa zone de confort » pour valoriser l’élan de celui qui délaisse ce qu’il sait faire au profit de ce qu’il ne sait pas encore faire […]
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Newsletter n°35 – février 2024

Qu’on le veuille ou non

la poesie

est une affaire sérieuse.

     Forger une lame de couteau à partir d’une barre de métal demande un engagement physique que j’avais sous-estimé, jusqu’à m’y mettre. Le marteau pèse un bon kilo, et il faut se dépêcher, c’est-à-dire battre le fer tant qu’il est chaud. Or il refroidit très vite. On le remet à chauffer, et on recommence. Tant que l’on travaille à la main, on ne peut pas faire semblant, ni s’économiser. Il faut y aller. C’est vrai pour la forge. Mais plus généralement pour toute opération de fabrication, qui demande un degré d’engagement en-dessous duquel, tout simplement, rien ne se passera.      En grec ancien, « création, fabrication »  se dit poïesis, mot qui a donné « poésie » en français : car on fabrique un poème comme on forge une pièce […]
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Newsletter n°34 – janvier 2024

Dans la forêt verdoyante, mon ermitage.

Seuls le trouvent 

Qui ont perdu leur chemin.

Yotsuya Ryu

     L’ambiance sur les marchés. Il y a le vendeur de saucissons catalans, les 3 pour 10€. « La dégustation est gratuite ! On peut tout goûter sauf le vendeur !… ». Il y a la petite dame qui vend ses objets en verre coloré, dauphins, tortues, chouettes, chacun peut trouver son animal fétiche. Il y règne un esprit de camaraderie immédiat entre les vendeurs : on se tutoie, on se file un coup de main, on se prête une rallonge… Et quand un marché se déroule sur deux jours, on se retrouve le lendemain comme des bons copains, on blague. Le soir venu, par contre, au moment de remballer et de charger sa marchandise, il arrive que tout le monde se précipite pour ramener sa camionnette et partir […]
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Newsletter n°33 – décembre 2023

Que j’ôte mon chapeau

Et se déploie la nuit bleue

Du ciel d’hiver. 

Yamaguchi Sodo

     Pour fabriquer un manche de couteau à la main, il faut bien sûr du bois, quelques outils comme une râpe, mais aussi, de la lumière et du mouvement. La lumière va vous indiquer chaque petit replat à arrondir, chaque manque de symétrie ou d’harmonie dans la forme. Le mouvement de la main, lui, donne au manche sa fluidité sans quoi il ne serait pas agréable au toucher. Je n’en finis pas de m’étonner, quand je donne peu à peu sa forme à un manche, de constater à quel point les yeux et les mains travaillent ensemble, de façon presque automatique, comme s’il n’y avait même pas de passage par le cerveau. Tout se fait en quelque sorte de soi-même, en effleurant, en fermant un œil, en reprenant… lumière […]
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Newsletter n°32 – novembre 2023

L’eau limpide

Ni dedans 

Ni dehors.

Ida Dakotsu

     Depuis bientôt deux mois, je fabrique ou restaure des couteaux à plein temps, avec beaucoup de plaisir. Je fais partie de ces gens (nous sommes un certain nombre !) qui aiment les beaux couteaux, un peu collectionneur mais surtout très attaché au bel objet. Quand je dis bel objet je n’entends pas forcément un couteau très complexe, avec beaucoup de fioritures, mais au contraire une simplicité qui coule de source.       Enfant, le couteau c’était le canif avec lequel tailler des flèches, sculpter des bâtons, et parfois, il faut bien le dire, s’entailler le bout du doigt…  puis ce fut le couteau suisse avec sa scie, très utile, et tous ces accessoires dont aujourd’hui encore j’ignore à quoi ils servent (si quelqu’un a fait l’armée suisse, je […]
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Newsletter n°31 – octobre 2023

Sous les feuilles qui tombent

Bientôt

Le chemin disparaît.

     Un soir, alors que je venais finir un travail dans l’atelier, j’entends gratter près du mur. Le bruit cesse, j’ai peut-être rêvé….Grat grat. Je vais voir de plus près. Le chien aussi commence à renifler et à remuer la queue, tout près d’un vieux tas de chiffon sous une étagère. Mais oui ça bouge… un hérisson ! C’est le deuxième à avoir élu domicile chez nous, le premier s’étant fait un nid bien douillet sous une vieille ruche vide dans le poulailler. Le troisième même, si je compte celui que j’avais trouvé près d’une pile de bois, malade, en pleine journée. J’avais dû l’emmener d’urgence au refuge pour qu’il se refasse une santé, ce qui lui avait bien pris quatre mois.      On dit souvent, à propos […]
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Newsletter n°30 – septembre 2023

Au bord de la

Rivière en moi

Aussi elle coule.

     Début juillet, un habitant de mon village natal qui s’occupe du jardin d’un voisin, déterre à sa demande une souche de genévrier. Intéressé par ce bois, je le récupère et lui offre une bouteille de cidre en remerciement, puis j’amène la souche chez un ami tourneur sur bois pour la couper. Celui-ci en conserve la majeure partie, en échange de quelques rondins dont j’avais besoin par ailleurs, et nous en mettons également un morceau de côté pour un autre ami avec qui nous échangeons régulièrement des morceaux de bois.      En fin de compte, tout le monde est content ! L’un qu’on ait arraché sa souche ; l’autre qu’on l’ait aidé à s’en débarrasser ; nous d’avoir gagné quelques beaux morceaux de bois rare et qui sentent […]
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